En mai 2026, une partie de la presse a titré « le CBD interdit ». Depuis, on nous pose la question tous les jours. La réponse tient en deux phrases : certaines catégories de produits ont bien été retirées du marché français, mais les fleurs et les résines de CBD, elles, restent parfaitement légales à la vente. Voici le détail.
La réponse courte
Oui, le CBD est légal à La Réunion, comme partout en France, dès lors que le produit contient moins de 0,3 % de THC. C’est vrai pour les fleurs, les résines, les cosmétiques et les e-liquides.
Ce qui a changé : depuis le 15 mai 2026, les denrées alimentaires contenant du CBD — huiles à avaler, infusions, tisanes, bonbons, chocolats, compléments — sont retirées du marché français. C’est cette mesure que la presse a résumée en « CBD interdit », et c’est de là que vient toute la confusion.
Ce que dit le droit français
Le seuil : moins de 0,3 % de THC
C’est l’arrêté du 30 décembre 2021, pris en application de l’article R. 5132-86 du code de la santé publique, qui fixe la règle. Le seuil porte sur le delta-9-THC, la molécule que tout le monde appelle simplement « le THC » : en dessous de 0,3 %, le produit est licite. Au-dessus, il ne s’agit plus de CBD au sens de la réglementation. Le même arrêté encadre la culture : qui peut cultiver du chanvre à La Réunion, et à quelles conditions, est expliqué dans notre article sur la culture du chanvre.
Ce seuil n’a pas bougé depuis. Aucun arrêté modificatif n’est venu le relever ni l’abaisser, et c’est la seule ligne qui compte vraiment : tout le reste en découle. C’est aussi pour ça que chaque lot doit être analysé, et que le taux figure noir sur blanc sur le certificat d’analyse.
Les fleurs et les résines : la décision qui a tout fixé
Dans sa version initiale, l’arrêté de décembre 2021 interdisait la vente aux consommateurs des fleurs et feuilles brutes. Le Conseil d’État a annulé cette interdiction le 29 décembre 2022 (décision n° 444887). Il a retenu que le cannabidiol n’a pas de caractère psychotrope, qu’il ne provoque pas de dépendance, et qu’une interdiction générale et absolue n’était donc pas justifiée — d’autant, relevait-il, que le taux de THC peut être vérifié par des tests rapides et peu coûteux.
Depuis, rien n’a changé sur ce point précis. Près de quatre ans plus tard, c’est toujours cette décision qui fait le droit, et c’est elle qui fonde la vente de fleurs de CBD et de résines en France. La chronologie qui y a mené, de 1940 à 2022, est dans notre histoire du CBD.
Ce que le CBD n’est pas
Trois précisions qui évitent bien des malentendus. Le CBD n’est pas un médicament : aucun produit vendu en boutique n’a d’autorisation de mise sur le marché, et personne n’a le droit de lui prêter la moindre vertu. Il n’est pas un stupéfiant, tant que le seuil de THC est respecté. Et il n’est pas un ingrédient alimentaire autorisé en Europe — c’est tout le sujet de la section suivante.
Ce qui a changé le 15 mai 2026
Les produits retirés du marché
Sont concernés les produits destinés à être avalés : huiles sublinguales, infusions et tisanes, bonbons, chocolats, gommes, compléments alimentaires. Ne sont pas concernés les fleurs et les résines destinées à la vaporisation, les cosmétiques et les e-liquides.
Pourquoi : le règlement Novel Food
Le fondement est européen. Le règlement (UE) 2015/2283, dit « Novel Food », soumet à autorisation préalable tout ingrédient sans historique de consommation significatif en Europe avant 1997. Le CBD n’est inscrit sur aucune liste d’autorisation de l’Union : il n’est donc pas un ingrédient alimentaire licite.
Ce n’est pas un texte nouveau — il date de 2015. Ce qui est nouveau, c’est son application. Mi-avril 2026, la Direction générale de l’alimentation a présenté un plan national de contrôle prenant effet le 15 mai, et le ministère de l’Agriculture a publié le 21 mai un communiqué indiquant que ces denrées sont illégales et doivent être retirées du marché, au motif d’une absence de preuve d’innocuité.
Où en est le recours
Deux organisations professionnelles, l’UPCBD et l’UIVEC, ont saisi le Conseil d’État le 10 juin 2026. Leur référé, qui visait à suspendre la mesure en urgence, a été rejeté le 10 juillet, le juge estimant que la condition d’urgence n’était pas remplie. Le recours au fond, lui, est toujours pendant et devrait être examiné à l’automne 2026.
En attendant cette décision, la mesure s’applique. C’est l’état du droit aujourd’hui, et c’est celui que nous suivons.
À La Réunion, les contrôles ont déjà eu lieu
L’île n’a pas été épargnée, elle a même été en première ligne. Les 11 et 12 mai 2026, soit la veille de l’échéance, une opération associant la DGCCRF, les douanes, l’ARS, la police et la gendarmerie a visé quatre stations-service de Saint-Denis et de l’Ouest. Bilan rendu public : retrait de l’ensemble des produits alimentaires au CBD, environ 300 sachets et cigarettes saisis, et une soixantaine de prélèvements envoyés en laboratoire. La préfecture a annoncé que les contrôles se poursuivraient sur tout type de structure susceptible de vendre des produits non conformes.
Ce qu’il faut en retenir quand on achète : si une enseigne de l’île propose encore aujourd’hui des bonbons ou des tisanes au CBD, ce n’est pas un bon signal. Pas sur le produit lui-même — sur le sérieux de la maison. Et si c’est un voyage qui vous inquiète, l’aéroport et la douane ont leurs propres règles : voyez notre article sur le voyage avec du CBD depuis La Réunion.
Ce qui est autorisé, concrètement
| Autorisé à la vente aujourd’hui | Retiré du marché depuis le 15/05/2026 |
|---|---|
| Fleurs de CBD, THC < 0,3 % | Huiles à avaler (sublinguales) |
| Résines de CBD, THC < 0,3 % | Infusions et tisanes |
| E-liquides au CBD | Bonbons, chocolats, gommes |
| Cosmétiques au CBD | Compléments alimentaires |
C’est la ligne que nous appliquons à notre catalogue, sans attendre l’issue du recours. Vous ouvrez un point de vente ? Les démarches et les obligations propres au CBD sont dans notre article sur l’ouverture d’une boutique de CBD à La Réunion.
Les questions qu’on nous pose depuis mai
« Est-ce que je risque quelque chose en achetant ? »
Non. La réglementation pèse sur celui qui produit et qui vend, pas sur celui qui achète un produit conforme. Ce qui compte, c’est la conformité du produit — donc la capacité du vendeur à vous la prouver.
« Comment je vérifie qu’un produit est conforme ? »
Vous demandez le certificat d’analyse du lot. Trois choses à regarder : la ligne delta-9-THC, celle qu’on appelle couramment « le THC », qui doit être inférieure à 0,3 % ; la date de l’analyse ; et le numéro de lot, qui doit correspondre à celui de votre produit. Une analyse sans numéro de lot ne prouve rien. Un vendeur qui ne peut pas vous fournir le document, non plus.
« Pourquoi certains vendent-ils encore des bonbons au CBD ? »
Parce que la mesure est récente, contestée, et qu’elle repose sur un plan de contrôle administratif plutôt que sur un décret publié — c’est précisément ce que les organisations professionnelles contestent devant le Conseil d’État. Certains vendeurs attendent donc l’issue du recours pour décider. Nous avons choisi de ne pas attendre.
Ce qui peut encore bouger d’ici la fin de l’année
L’examen au fond du Conseil d’État, attendu cet automne, peut confirmer ou annuler l’interdiction visant les produits alimentaires. C’est l’échéance la plus importante.
Le budget 2027. L’article 23 du projet de loi de finances pour 2026 prévoyait d’assimiler les fleurs de CBD à du tabac manufacturé, avec la fiscalité qui va avec. Il a été supprimé du texte retenu le 20 janvier 2026. À ce jour, aucune taxe spécifique ne pèse sur le CBD, mais le sujet peut revenir à l’automne.
Une proposition de loi déposée le 15 septembre 2026 vise à interdire la vente de CBD aux mineurs et à encadrer les distributeurs automatiques près des établissements scolaires. Ce n’est à ce stade qu’une proposition : elle n’a pas été adoptée et n’a aucun effet juridique. De notre côté, la règle ne dépend d’aucun texte : nous ne vendons qu’à des personnes majeures, et ça ne changera pas selon ce que décide le Parlement.
Ce qu’on ne vous dira pas
Il manque volontairement quelque chose dans cet article : ce que le CBD ferait, ou ne ferait pas. C’est la question qu’on nous pose le plus, et la seule à laquelle nous ne répondrons jamais.
On n’a pas le droit de parler d’effets, et de toute façon ce n’est pas notre métier. Ce qu’on peut vous dire, c’est ce qu’il y a dedans et comment c’est fait : la composition, l’origine, la variété, le mode d’extraction, le séchage, le numéro de lot et l’analyse qui va avec. Un chiffre, vous pouvez le vérifier. Une promesse, non.
Pour aller plus loin : notre guide complet du CBD à La Réunion et nos conseils de conservation sous climat tropical.
Questions fréquentes
Le CBD est-il légal à La Réunion en 2026 ?
Oui. La Réunion applique le droit français : la vente de produits au CBD contenant moins de 0,3 % de THC y est licite. Les fleurs et les résines restent autorisées à la vente depuis la décision du Conseil d’État du 29 décembre 2022. Seules les denrées alimentaires contenant du CBD sont retirées du marché depuis le 15 mai 2026.
Quel est le taux de THC autorisé en France ?
0,3 % maximum de delta-9-THC, la molécule que l’on appelle couramment « le THC », seuil fixé par l’arrêté du 30 décembre 2021. Ce taux doit figurer sur le certificat d’analyse du lot, avec sa date et son numéro de lot.
Peut-on encore acheter des fleurs de CBD ?
Oui. Les fleurs et feuilles de CBD sont vendables aux consommateurs depuis l’annulation par le Conseil d’État, le 29 décembre 2022, de l’interdiction qui les visait. Les mesures prises en 2026 ne concernent que les produits destinés à être avalés.
Les huiles et les infusions au CBD sont-elles interdites ?
Elles sont retirées du marché français depuis le 15 mai 2026, sur le fondement du règlement européen Novel Food. Un recours au fond est pendant devant le Conseil d’État, avec un examen attendu à l’automne 2026. Jusqu’à cette décision, la mesure s’applique.
Article publié le 22 juin 2026, mis à jour le 21 septembre 2026. Le cadre réglementaire du CBD évolue : en cas de doute sur une situation particulière, consultez un professionnel du droit.
THC < 0,3 % conformément à la réglementation en vigueur. Produit réservé aux personnes majeures. Déconseillé aux femmes enceintes ou allaitantes. Ne se substitue pas à une alimentation variée ni à un avis médical.
