Un CO2 supercritique est du dioxyde de carbone porté au-delà de 31 °C et de 73,8 bar : il n’est alors ni tout à fait gaz ni tout à fait liquide, et il se glisse dans la matière comme un gaz tout en dissolvant comme un liquide. Dans une extraction CO2 du CBD, on le fait traverser du chanvre, il emporte une partie de ses composés, puis il redevient gaz et s’en va. La mention « extraction au CO2 supercritique » décrit donc un procédé, pas une qualité.
Voici ce que la formule veut dire, ce qu’elle laisse dans l’ombre, et où chercher le reste sur une fiche.
Le CO2 supercritique, en une image
Sous le point critique, un liquide et sa vapeur peuvent coexister, séparés par une surface. Au-delà, cette surface n’existe plus : il n’y a qu’une seule phase, sans frontière entre liquide et gaz, donc sans tension de surface. C’est cela, un fluide supercritique.
Ce fluide hérite un peu des deux états. Sa densité peut approcher celle d’un liquide, ce qui lui donne son pouvoir dissolvant ; sa viscosité est bien inférieure à celle d’un liquide, et il diffuse nettement plus vite dans la matière. Hors du chanvre, il sert à sécher des matériaux fragiles, comme les aérogels, ou des échantillons pour la microscopie électronique : sans frontière entre liquide et gaz, aucune tension de surface n’abîme les structures.
Température, pression : le point critique
Le CO2 se prête à l’exercice parce que son point critique est atteint dans des conditions modérées : environ 31 °C et 73,8 bar, soit 7,38 MPa, ou à peu près 73 fois la pression atmosphérique. L’eau, elle, n’y arrive qu’à 374 °C et 22,1 MPa, soit 221 bar.
| État du CO2 | Conditions |
|---|---|
| Solide (neige carbonique) | À pression atmosphérique, sous environ -78,5 °C ; au-dessus, il passe directement à l’état gazeux. |
| Liquide | Entre -56,6 °C et 31 °C environ, sous une pression suffisante : au moins 5,18 bar au point triple, davantage à mesure que la température monte, jusqu’à 73,8 bar au point critique. Sous 5,18 bar, aucun liquide n’existe. |
| Gaz | À pression atmosphérique et à température ambiante. C’est l’état dans lequel le CO2 repart quand la pression retombe. |
| Point critique | Environ 31 °C et 73,8 bar (7,38 MPa). |
| Supercritique | Au-delà du point critique : température supérieure à 31 °C et pression supérieure à 73,8 bar. |
Les valeurs diffèrent un peu d’une table à l’autre : 31,1 °C dans les fiches techniques que nous avons lues, 30,98 °C dans l’équation de référence de Span et Wagner. Un dixième de degré ne change rien à l’ordre de grandeur.
Juste au-dessus du point critique, la densité du CO2, et donc son pouvoir dissolvant, varie très vite avec la pression et la température. Une table de fabricant d’extracteurs donne par exemple, à 80 bar, environ 680 kg/m³ à 31 °C et environ 278 kg/m³ à 40 °C : neuf degrés de plus, une densité divisée par plus de deux. Des ordres de grandeur, qui expliquent pourquoi on parle de solvant réglable.
Comment une extraction CO2 se déroule
Le principe tient en quatre temps. Il est décrit ici sans aucun réglage : pression, température et durées varient d’un équipement à l’autre, et aucune étiquette ne permet de les déduire.
- Mise en état. Le CO2, stocké liquide, est comprimé puis chauffé jusqu’à devenir supercritique.
- Extraction. Il traverse la matière végétale dans une cuve fermée et dissout une partie de ses composés.
- Séparation. Le mélange passe par une vanne qui abaisse la pression, dans un séparateur : le CO2 perd son pouvoir dissolvant et l’extrait se dépose. Certains montages enchaînent plusieurs séparateurs à pressions décroissantes pour trier les composés.
- Recyclage. Le CO2, redevenu gaz, est récupéré, recomprimé et renvoyé dans la boucle.
Ce qui sort de là est un extrait brut, pas un produit fini. Plus la densité du CO2 monte, plus il dissout, et pas seulement ce qu’on cherche : le brut contient aussi des cires et des graisses, qu’une étape ultérieure retire (l’hivernisation, qui fait appel à de l’éthanol). Selon les documents techniques que nous avons lus, d’autres étapes suivent selon les cas : un chauffage qui convertit la forme acide du CBD en CBD, puis une distillation. Certains fabricants d’extracteurs proposent aussi d’ajouter un peu d’éthanol au CO2, comme co-solvant, pour modifier ce qu’il emporte : une extraction « au CO2 supercritique » recouvre donc des réglages, voire des mélanges, différents.
Pourquoi parler de solvant ?
On lit parfois « extraction sans solvant ». L’expression est un raccourci : le CO2 supercritique est bien un solvant, puisqu’il dissout ce qu’on veut extraire. Ce qu’on cherche à dire, c’est qu’il n’en reste pas dans le produit, ou en quantité négligeable.
Cela tient à la physique, pas à une promesse. À pression atmosphérique, le CO2 ne peut pas être liquide : il est gazeux, ou solide sous -78,5 °C. Quand la pression retombe, dans le séparateur puis à l’air libre, il repasse donc à l’état gazeux et quitte l’extrait. Un extrait obtenu avec d’autres solvants doit, lui, passer par une étape qui les retire : pour eux, la question du résidu est réelle.
Voilà pourquoi le bon critère est « sans résidu de solvant » plutôt que « sans solvant », et pourquoi il appartient au produit fini, pas au procédé : un co-solvant n’est pas du CO2, l’hivernisation fait appel à de l’éthanol, et rien, sur une étiquette, n’indique ce qui s’est passé avant ou après l’extraction. La preuve, ce sont les lignes « solvants résiduels » d’une analyse de lot, que notre guide des certificats d’analyse explique.
Pour situer le CO2 parmi les procédés d’extraction du CBD, deux familles suffisent. La séparation mécanique (tamis, eau glacée, chaleur et pression) ne dissout rien : c’est celle de la résine traditionnelle, que notre article sur la résine de CBD détaille. Les procédés à solvant dissolvent les composés puis retirent le solvant : le CO2 supercritique en fait partie, avec cette particularité que le solvant s’en va seul.
Ce que la mention garantit, et ce qu’elle ne garantit pas
| La mention dit | Elle ne dit pas |
|---|---|
| Qu’à une étape de la fabrication, du CO2 supercritique a servi à extraire des composés du chanvre. | Que c’est la seule étape, ni qu’aucun autre solvant n’est intervenu avant ou après. |
| Que le CO2 lui-même ne reste pas dans l’extrait, ou en quantité négligeable. | Que le produit est sans résidu de solvant : seule l’analyse du lot le montre. |
| Qu’on a choisi un procédé réglable. | Quels réglages, avec ou sans co-solvant, ni ce que l’extrait contient au final. |
| Un procédé. | Une pureté ou un niveau de qualité : la plante de départ et les étapes suivantes comptent autant. |
La dernière ligne est la plus importante : deux produits annoncés « au CO2 supercritique » peuvent être très différents. À notre connaissance, la mention ne correspond à aucun label ni cahier des charges officiel : c’est une description, que le fabricant formule lui-même.
Où trouver l’information sur une fiche
Quatre questions, dans cet ordre, valent mieux qu’un adjectif :
- Le procédé est-il nommé, et à quelle étape ? « Extraction au CO2 supercritique » situe l’extraction, pas ce qui suit.
- Y a-t-il un co-solvant ou une étape avec un autre solvant ? C’est une question à poser au fabricant quand la fiche ne le dit pas.
- Que devient l’extrait ensuite ? Distillat, spectre complet, isolat : des mots de composition, détaillés dans notre article sur le nom d’une cartouche « distillat 85 % » et dans celui sur le spectre complet, le broad spectrum et l’isolat.
- Quelle analyse, sur quel lot ? La ligne des solvants résiduels, le numéro de lot, la date.
Chez nous, des cartouches « extraction au CO2 supercritique »
Les cartouches du rayon Vapotage portent la mention « extraction au CO2 supercritique », par exemple les références Gorilla Glue, Lemon Haze, Mango Kush ou Orange Bud. Nous nous en tenons à la mention : ce qu’elle recouvre en détail (réglages, co-solvant, étapes qui suivent) relève du fabricant, et nous n’y ajoutons rien. Les résines ont leur propre vocabulaire, celui du style et de l’origine.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’extraction au CO2 supercritique ?
C’est un procédé qui utilise du dioxyde de carbone porté au-delà de 31 °C et de 73,8 bar, état où il n’est plus ni gaz ni liquide, pour dissoudre une partie des composés d’une plante. La pression retombe ensuite : le CO2 redevient gaz, s’échappe, et l’extrait reste. Un procédé, pas une garantie de pureté.
À quelle température et à quelle pression le CO2 devient-il supercritique ?
Au-delà de son point critique, soit environ 31 °C et 73,8 bar (7,38 MPa), c’est-à-dire à peu près 73 fois la pression atmosphérique. Les deux conditions doivent être réunies. Selon les tables, la température critique s’écrit 31,1 °C ou 30,98 °C : un écart d’un dixième de degré qui ne change pas l’ordre de grandeur.
L’extraction au CO2 laisse-t-elle un résidu de solvant ?
Le CO2 lui-même ne reste pas, ou en quantité négligeable : à pression atmosphérique, il est gazeux et s’échappe quand la pression retombe. Mais un produit n’est « sans résidu de solvant » que si aucun autre solvant n’est resté dans la chaîne, avant ou après l’extraction. Cela se vérifie sur la ligne des solvants résiduels de l’analyse du lot, pas sur le nom du procédé.
Extraction CBD sans solvant : l’expression est-elle exacte ?
Pas tout à fait. Le CO2 supercritique est un solvant, puisqu’il dissout les composés extraits ; ce qu’on veut dire, c’est qu’il ne reste pas dans le produit. La séparation mécanique, celle de la résine traditionnelle, ne dissout rien. Pour un extrait, la formule rigoureuse est « sans résidu de solvant », qu’une analyse peut établir.
Une extraction au CO2 supercritique donne-t-elle un CBD plus pur ?
Rien ne permet de le dire. La mention décrit un procédé, pas un niveau de pureté : celle-ci dépend de la plante de départ, des réglages et des étapes suivantes, comme l’hivernisation ou la distillation. Seule l’analyse d’un lot précis départage deux produits annoncés « au CO2 supercritique ».
En deux mots
Le CO2 supercritique est un solvant qui s’en va tout seul quand la pression retombe : c’est ce que la mention décrit, rien de plus. La plante, les autres étapes et le lot se lisent ailleurs, dans l’analyse. Anon, la fiche jusqu’à la dernière ligne.
THC < 0,3 % conformément à la réglementation en vigueur. Produit réservé aux personnes majeures. Déconseillé aux femmes enceintes ou allaitantes. Ne se substitue pas à une alimentation variée ni à un avis médical.
