« Bio » sur une fiche de CBD n’est pas un adjectif de vendeur : pour les produits que couvre le règlement européen, c’est une mention protégée, adossée à un contrôle, au moins annuel, par un organisme certificateur agréé. Elle décrit un mode de production ; elle ne dit ni le taux de THC, ni la qualité du séchage, ni le contenu du lot que vous avez en main.
Deux limites, dès maintenant. Une fleur hydroponique ne peut pas être bio au sens européen. Et pour une fleur de chanvre vendue à la vaporisation, nous n’avons pas pu confirmer sur un texte officiel que le règlement s’applique.
CBD bio : une mention encadrée, pas un adjectif libre
Le règlement (UE) 2018/848 du 30 mai 2018, « relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques », fixe les règles de production, la certification et l’usage des indications qui font référence au bio dans l’étiquetage et la publicité. D’après la note d’étiquetage de l’INAO, « biologique » et ses dérivés, dont « bio », sont des termes protégés dans toute l’Union, et toute mention bio trompeuse est interdite, y compris dans une marque. Sous la réserve de champ d’application développée plus bas, « CBD bio » ou « CBD biologique » suivent la même règle.
Les organismes certificateurs sont agréés et évalués par l’INAO ; c’est l’opérateur qui choisit le sien. D’après la page de l’INAO sur le contrôle, tous les opérateurs engagés en bio sont contrôlés au moins une fois par an, certains davantage et sans préavis, selon une analyse de risque.
Ce que dit chaque mention, et ce qu’elle ne dit pas
Le label bio d’un CBD recouvre plusieurs signes, et des mots voisins qui n’en sont pas. Le tableau suppose la mention légitime.
| Mention | Cadre | Ce qu’elle dit | Ce qu’elle ne dit pas |
|---|---|---|---|
| « Bio », « biologique » | Termes protégés, règlement (UE) 2018/848 | Un mode de production contrôlé au moins une fois par an | Le taux de THC, la qualité du séchage, le contenu d’un lot |
| Logo européen (« Eurofeuille ») | Même règlement ; code du certificateur et origine des matières premières à ses côtés | Un produit présenté comme conforme, avec un code pour remonter au certificateur | Que le certificat est en cours de validité |
| Logo AB | Logo français, d’usage facultatif | Un produit présenté comme certifié bio | Une analyse du lot |
| « Sans OGM » | Un décret de 2012, distinct du règlement bio ; seuil de 0,1 % pour un ingrédient végétal, d’après la note de l’INAO | Le respect de ce seuil, pour les produits que vise le décret | Un mode de production bio |
| « Naturel », « sans pesticides » | Pas des termes protégés par le règlement bio | Une affirmation, qui vaut ce que vaut son justificatif | Un cahier des charges contrôlé |
Une fleur de chanvre est-elle dans le champ du règlement ?
C’est le point le moins net. L’article 2 applique le règlement aux produits de l’agriculture « énumérés à l’annexe I du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne » : les « produits agricoles vivants ou non transformés », puis certains produits transformés. Une annexe du règlement ajoute certains « autres produits étroitement liés à l’agriculture ». Nous n’avons pas pu lire ces listes en entier, ni trouvé de texte officiel qui y range, ou en exclue, une fleur séchée vendue pour la vaporisation. La même réserve vaut pour le logo AB sur un produit de chanvre ; pour une résine, nous n’avons lu aucune source.
Dans l’autre sens, un bulletin technique des Chambres d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine indique qu’une certification bio est possible sur les fleurs, entre autres, tandis que les produits issus d’une extraction à base de solvants, même bio, restent exclus de la certification. Il n’en précise ni les conditions ni la base réglementaire. À notre connaissance, aucun des textes officiels consultés ne tranche : en cas de doute, la bonne adresse est l’INAO, ou l’organisme certificateur dont le code figure sur l’étiquette. La note d’étiquetage de l’INAO vise d’ailleurs surtout d’autres catégories de produits : pour une fleur, ses règles valent sous la même réserve.
Fleur de CBD bio et culture hydroponique : deux choses incompatibles
C’est la règle la plus nette du sujet. Le considérant 28 du règlement pose que les végétaux de la production biologique doivent être « essentiellement nourris par l’écosystème du sol » et produits dans ou sur un sol vivant, en lien avec le sous-sol et la roche-mère. Il en tire la conséquence : ne pas autoriser « la production hydroponique, ni la culture de végétaux en containers, en sacs ou en bacs lorsque les racines ne sont pas en contact avec le sol vivant ». Dans une réponse à la question écrite d’un député, le ministère de l’Agriculture a indiqué que « l’hydroponie n’est pas autorisée en agriculture biologique » et que le règlement l’interdit expressément à l’annexe II, partie I, point 1.2.
Par mode de culture : l’hydroponie est exclue ; la culture en pots ou en bacs sans contact des racines avec le sol vivant l’est en principe aussi, en intérieur comme sous serre ; la pleine terre ne l’est pas par ce principe. Le mot « indoor » seul ne tranche donc pas : le critère est le contact des racines avec un sol vivant. Ce que recouvrent ces mots est détaillé dans notre article sur les modes de culture des fleurs de CBD.
Bio ne veut pas dire « aucun traitement »
D’après une note publiée sur le site de l’INAO, un produit de protection des cultures n’est utilisable en bio que s’il détient une autorisation de mise sur le marché française et si ses substances actives figurent à l’annexe I du règlement d’exécution (UE) 2021/1165. Par ailleurs, un produit récolté pendant la conversion ne peut pas être vendu comme bio : seule l’indication « en conversion » est prévue, pour des produits végétaux non transformés ou à ingrédient végétal unique, après au moins douze mois de conversion. Pour les autres mots de vitrine, le décodage est dans notre article sur le vocabulaire des fleurs de CBD.
Vérifier une mention bio en quatre gestes
- Lire le code. D’après la note d’étiquetage de l’INAO, pour les produits qu’elle couvre, le code de l’organisme de contrôle, de la forme « FR-BIO-xx », doit figurer sur l’étiquette : celui de l’organisme qui contrôle l’opérateur ayant réalisé la dernière opération de production ou de préparation. Si le logo européen est utilisé, l’origine des matières premières s’écrit juste sous ce code : « Agriculture UE », « Agriculture non UE » ou « Agriculture UE/non UE ».
- Rapprocher ce code de la liste de l’INAO. L’institut publie la liste des organismes de contrôle agréés, avec leur code et la date d’échéance de leur agrément. Un code absent de cette liste mérite une question.
- Chercher l’opérateur dans l’annuaire de l’Agence Bio. Elle le décrit comme « la liste officielle des opérateurs économiques engagés en agriculture biologique », avec un lien vers les certificats en ligne.
- Demander le certificat. Selon une note de lecture « Distribution » publiée sur le site de l’INAO, les sites de vente par correspondance de produits biologiques ne peuvent pas bénéficier des dispenses prévues pour la vente faite en présence du client ; or un opérateur non dispensé doit s’engager auprès d’un organisme certificateur agréé et notifier son activité à l’Agence Bio. Un site qui vend sous mention bio est donc, lui aussi, censé être certifié.
Les labels privés et les produits importés de pays tiers sont à examiner à part : cet article ne les couvre pas.
Bio et analyse de lot : deux documents, deux questions
Un certificat bio et un certificat d’analyse ne répondent pas à la même question. Le premier concerne un opérateur et sa manière de produire. Le second concerne un lot, avec des mesures dont la liste dépend du laboratoire. Aucun ne remplace l’autre. Le plafond de THC du chanvre, 0,30 %, figure dans l’arrêté du 30 décembre 2021, pas dans le règlement bio. Comment lire un certificat d’analyse ligne à ligne : notre guide de l’analyse de laboratoire.
Chez nous, ce que les fiches indiquent
La boutique de CBD en ligne Weedy Wonka, basée à La Réunion, compte trois rayons. Au rayon Fleurs, la plupart des fiches donnent le mode de culture (indoor, greenhouse ou hydroponique) et l’origine ; au rayon Résines, elles donnent un style ou une origine. À lire avec les repères ci-dessus.
Questions fréquentes
Une fleur de CBD peut-elle être bio ?
Ce n’est pas tranché par les textes officiels que nous avons lus. Un bulletin technique des Chambres d’agriculture indique qu’une certification bio est possible sur les fleurs, mais aucun texte officiel consulté ne confirme que le règlement (UE) 2018/848 couvre une fleur vendue pour la vaporisation. Une fleur hydroponique, elle, en est exclue. En cas de doute, interrogez l’INAO ou l’organisme certificateur dont le code figure sur l’étiquette.
Un CBD indoor ou hydroponique peut-il être bio ?
Hydroponique, non : le règlement écarte la production hydroponique et la culture en containers, sacs ou bacs lorsque les racines ne touchent pas le sol vivant. Indoor, le mot seul ne tranche pas : le critère retenu par le considérant 28 est le contact des racines avec un sol vivant.
Comment vérifier qu’un CBD bio est vraiment certifié ?
Quatre gestes : lire sur l’étiquette le code de l’organisme certificateur (FR-BIO-xx), le rapprocher de la liste des organismes agréés par l’INAO, chercher l’opérateur dans l’annuaire officiel de l’Agence Bio, puis demander le certificat. Sans aucun de ces repères, « bio » reste une affirmation du vendeur, pas une preuve.
CBD naturel, sans pesticides ou bio : est-ce la même chose ?
Non. « Bio » et « biologique » sont des termes protégés, liés à un règlement et à un contrôle au moins annuel. « Naturel » et « sans pesticides » ne sont pas des termes protégés par ce règlement : ils ne renvoient pas, par eux-mêmes, à un cahier des charges contrôlé. Et bio ne veut pas dire sans traitement : des produits autorisés en France, à substances actives de la liste européenne, restent utilisables.
En deux mots
« Bio » est une mention protégée : un règlement, un certificateur agréé, un contrôle au moins annuel. Pour la vérifier, quatre gestes : le code, la liste de l’INAO, l’annuaire de l’Agence Bio, le certificat. Elle ne dit rien du THC ni du lot, et l’hydroponie lui est fermée. Pour une fleur, le champ exact du règlement reste à confirmer auprès de l’INAO. Aou i koné pa ? Maintenant, vous savez où regarder.
THC < 0,3 % conformément à la réglementation en vigueur. Produit réservé aux personnes majeures. Déconseillé aux femmes enceintes ou allaitantes. Ne se substitue pas à une alimentation variée ni à un avis médical.
