Chanvre ou cannabis : une plante, plusieurs mots

Chanvre ou cannabis ? Pour un botaniste, c’est la même plante : Cannabis sativa L. Pour la loi, ce n’est pas la même chose, et le nom n’y est pour rien. Ce qui sépare un chanvre autorisé du reste, c’est la variété et son taux de THC : en France, 0,30 % au plus.

Entre ces deux réponses, il y a un dictionnaire, plus de deux siècles de débats entre botanistes et quelques textes de droit. Voici, dans l’ordre, ce que disent les sources que nous avons lues sur la différence entre chanvre et cannabis : la plante, le seuil, les mots, puis les raisons pour lesquelles on s’y perd encore.

Même plante, deux mots

Le Dictionnaire de l’Académie française montre bien l’écart entre les deux mots. À « chanvre », il décrit une plante cultivée pour les fibres textiles de sa tige, qui porte le chènevis, sa graine, et donne pour exemples la toile et la corde. À « cannabis », il renvoie à un autre nom du « chanvre indien ». Les botanistes, de leur côté, distinguent des types selon le taux de THC : un type chanvre, à 0,3 % ou moins, et les autres.

En trois lignes :

  • Botanique : un genre, Cannabis, et, dans un système encore largement admis, une seule espèce, Cannabis sativa L., aux pieds le plus souvent mâles ou femelles (notre article sur les sexes du chanvre).
  • Droit : pas de plante à part, mais des variétés autorisées par arrêté, sur une liste et sous un taux de THC.
  • Usage : pour les dictionnaires, « chanvre » est d’abord la plante à fibres, et « cannabis » l’autre nom du chanvre indien.

Chanvre ou cannabis : ce que dit la botanique

1753, Linné. Le « L. » de Cannabis sativa L. est l’initiale de Linné, qui emploie ce nom dans son Species Plantarum, l’ouvrage que les botanistes ont retenu comme point de départ de la nomenclature. À noter : l’exemplaire de référence de Linné est une plante de type fibre, autrement dit un chanvre.

1785, Lamarck. Il décrit une seconde espèce, Cannabis indica, d’après un exemplaire venu d’Inde. Cet exemplaire porte une annotation en français : « chanvre rapporté de l’Inde par M. Sonnerat ». Le spécimen sur lequel repose le nom Cannabis indica est donc étiqueté « chanvre ». Les mots « sativa » et « indica » que l’on lit sur les étiquettes sont une autre affaire, que notre article sur ce vocabulaire remet à sa place.

1976, Small et Cronquist. Ils proposent de ranger l’ensemble dans une seule espèce, Cannabis sativa, à deux sous-espèces. C’est là que figure le chiffre dont nous reparlons plus bas : la sous-espèce sativa est définie par moins de 0,3 % de THC dans les sommités florifères séchées des plants femelles. Selon une revue publiée en 2020, ce système reste encore largement admis. La même revue présente une comparaison de courtes séquences d’ADN qui va dans le sens d’une espèce unique, tout en notant que le débat sur d’éventuelles sous-divisions reste ouvert.

Ce que dit la loi : le seuil de THC

Le code de la santé publique ne traite pas « le chanvre » comme une plante à part. Son article R. 5132-86, dans la rédaction que cite le Conseil d’État dans sa décision du 29 décembre 2022, interdit par principe le cannabis, sa plante et sa résine ; c’est en application de ce même article qu’un arrêté autorise des « variétés de cannabis dépourvues de propriétés stupéfiantes ». Le mot « cannabis » figure donc des deux côtés de la ligne ; ce qui la trace, c’est un arrêté, avec une liste de variétés et un taux de THC.

L’arrêté du 30 décembre 2021 autorise la culture, l’importation, l’exportation et l’utilisation industrielle et commerciale des variétés de Cannabis sativa L. inscrites au catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles et dont la teneur en delta-9-THC n’est pas supérieure à 0,30 %. Son article 3 abroge l’arrêté du 22 août 1990, qui visait les fibres et les graines et fixait la barre à 0,20 %.

Mot d’usageTaux de THCCadre
Chanvre autorisé en France0,30 % de delta-9-THC au plusArrêté du 30 décembre 2021 ; variétés inscrites au catalogue commun
Chanvre autorisé en France avant cet arrêté0,20 % au plusArrêté du 22 août 1990 ; fibres et graines ; abrogé
Chanvre et paiements de la politique agricole commune0,3 % au plus depuis le 1er janvier 2023 (0,2 % auparavant)Règlement (UE) 2021/2115, qui a remplacé le règlement (UE) n° 1307/2013
Hemp aux États-Unis0,3 % de delta-9-THC sur matière sècheLoi agricole de 2018 (Farm Bill)
Cannabis, stupéfiant en droit françaisVariétés hors de l’autorisation : hors catalogue ou au-delà du seuilInterdiction de principe, article R. 5132-86 du code de la santé publique

Ce tableau montre aussi que la barre a bougé. En France, elle est passée de 0,20 % à 0,30 % avec l’arrêté de 2021. Côté européen, pour que des surfaces de chanvre soient admises aux paiements de la politique agricole commune, elle est passée de 0,2 % à 0,3 % au 1er janvier 2023, avec le règlement (UE) 2021/2115 : l’avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne le rappelle dans l’affaire C-793/22, et le guide d’admissibilité français de la première campagne concernée indique que le taux maximal « est porté à 0,3 % ».

Ce que ces textes permettent de vendre, et ce qu’ils ne permettent pas, est détaillé dans notre article sur l’état du droit. Ici, retenez seulement que la frontière est un chiffre et une liste.

D’où viennent les mots chanvre et cannabis

Les deux mots viennent du même mot latin, à deux moments différents. Selon le Dictionnaire de l’Académie française, « chanvre » date du XIe siècle et vient d’une forme altérée du latin cannabis, lui-même emprunté du grec kannabis. « Cannabis » n’arrive en français qu’au XIXe siècle, emprunté tel quel au latin. La langue a donc pris le même mot deux fois : d’abord sous une forme usée par les siècles, puis sous sa forme d’origine.

La racine a laissé d’autres traces. Selon le Trésor de la langue française, « canevas », d’abord une « grosse toile », se rattache par l’ancien français chanevas à la même forme latine altérée que « chanvre ». D’où venait le mot grec lui-même, en revanche, l’Académie ne le dit pas, et nous ne nous avancerons pas plus loin qu’elle.

Pourquoi la confusion persiste

  • Le droit emploie « cannabis » des deux côtés de la ligne. L’arrêté de 1990 autorisait des « variétés de Cannabis sativa L. », et le code de la santé publique, dans la rédaction citée plus haut, parle de « variétés de cannabis dépourvues de propriétés stupéfiantes ». Le chanvre légal est du cannabis au sens du texte.
  • Le même chiffre sert à deux choses. Le 0,3 % est à la fois le critère proposé par Small et Cronquist en 1976, que de nombreux pays ont repris dans leurs règlements selon McPartland et Small, et un seuil de loi. On lit l’un en croyant lire l’autre.
  • Le chanvre des textes était d’abord celui de la fibre et de la graine. L’arrêté de 1990 ne visait que l’utilisation industrielle et commerciale des fibres et des graines (les usages industriels de la plante), ce qui rejoint le « chanvre » du dictionnaire. La fleur est venue plus tard dans le débat de droit ; elle relève de l’article sur l’état du droit cité plus haut.
  • Le droit international raisonne par parties de plante. La Convention unique sur les stupéfiants de 1961 définit le « cannabis » par les sommités florifères ou fructifères de la plante, dont la résine n’a pas été extraite, à l’exclusion des graines et des feuilles non accompagnées des sommités. Elle ne s’applique pas à la culture de la plante exclusivement à des fins industrielles (fibres et graines) ou horticoles. Aucune de ces deux dispositions ne mentionne un taux de THC. Sa place dans la chronologie est retracée dans notre article sur l’histoire du CBD.

Chez nous, du chanvre sous le seuil

Chez nous, tout part de cette ligne. Le rayon Fleurs et le rayon Résines proposent des produits issus de variétés de chanvre dont le taux de THC est inférieur à 0,3 %. Pour le cadre général du CBD sur l’île, le guide du CBD à La Réunion reste le point de départ.

Questions fréquentes

Le chanvre, c’est du cannabis ?

Oui, au sens botanique : chanvre et cannabis désignent la même plante, Cannabis sativa L., nommée par Linné en 1753. Le droit français parle d’ailleurs de « variétés de cannabis » pour le chanvre autorisé ; ce qui change, c’est le statut : seules des variétés inscrites au catalogue commun et contenant 0,30 % de THC au plus sont autorisées. Ce que l’on appelle « chanvre CBD » désigne ces variétés, dont on récolte les fleurs.

À partir de quel taux de THC parle-t-on de chanvre ?

En France, la limite est de 0,30 % de delta-9-THC au plus, fixée par l’arrêté du 30 décembre 2021 ; l’arrêté du 22 août 1990 retenait 0,20 %. Les États-Unis retiennent 0,3 % sur matière sèche dans leur loi agricole de 2018. On retrouve ce chiffre dans un critère de botaniste proposé en 1976, que de nombreux pays ont repris dans leurs règlements.

Pourquoi dit-on tantôt chanvre, tantôt cannabis ?

Parce que le français a pris deux fois le même mot latin. « Chanvre », attesté au XIe siècle, en est une forme altérée ; « cannabis », du XIXe siècle, le reprend tel quel. Les dictionnaires leur donnent des rôles distincts : pour l’Académie, le chanvre est la plante cultivée pour ses fibres et qui porte le chènevis, et « cannabis » un autre nom du « chanvre indien ». Le droit français, lui, emploie « cannabis » pour les variétés autorisées comme pour les autres.

Que veut dire « Cannabis sativa L. » ?

C’est le nom scientifique de l’espèce : Cannabis est le genre, sativa l’épithète, et le « L. » abrège Linné, qui a publié ce nom dans son Species Plantarum en 1753. Les botanistes discutent encore pour savoir s’il existe une seule espèce, avec des sous-espèces, ou plusieurs. Les textes de loi français emploient la même formule pour désigner les variétés autorisées.

En deux mots

Chanvre et cannabis sont une plante et deux vocabulaires : celui du botaniste, qui range tout sous Cannabis sativa L., et celui du juriste, qui trace la ligne avec une variété et un taux de THC. Retenez le chiffre plutôt que le mot : en France, 0,30 % au plus. Le reste relève du vocabulaire.

THC < 0,3 % conformément à la réglementation en vigueur. Produit réservé aux personnes majeures. Déconseillé aux femmes enceintes ou allaitantes. Ne se substitue pas à une alimentation variée ni à un avis médical.

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