Ce que le commerce appelle les « cristaux » d’une fleur de CBD, ce sont des trichomes : de minuscules poils glandulaires, dont les plus gros ont un pied surmonté d’une tête ronde, où la plante fabrique et stocke sa résine. Les « poils orange » sont des pistils, c’est-à-dire les stigmates des petites fleurs femelles. Ces deux détails changent de couleur à mesure que la plante mûrit, et les producteurs s’en servent comme repère ; aucun des deux ne donne le taux de CBD d’une fleur, qui se lit sur une analyse.
Ce qu’on voit à l’œil nu, détail par détail
Le vocabulaire de base (inflorescence, bractée, feuille de sucre) est posé dans notre article sur la définition d’une fleur de CBD.
| Ce que je vois | Ce que c’est | Ce que ça indique, ou non |
|---|---|---|
| Un « givre » brillant, des grains sur toute la surface | Des trichomes glandulaires, surtout nombreux sur les bractées | La présence des glandes à résine. Pas un taux : celui-ci se mesure en laboratoire |
| Des filaments fins, blancs, orange ou bruns | Des pistils (les stigmates), deux par petite fleur femelle | Un stade de maturité de la plante à la récolte. Pas une mesure de la composition d’un lot |
| De petites écailles vertes serrées | Les bractées, qui enveloppent les ovaires | La structure de la tête, là où se concentrent les trichomes pédonculés |
| De petites feuilles qui sortent de la tête | Les feuilles de sucre | Qu’elles ont été gardées à la taille. Elles portent aussi des trichomes |
| Des zones violettes, lilas ou pourpres | Des pigments, les anthocyanes | Dans l’étude lue (une seule variété), leur teneur suivait la température de culture, sans lien relevé avec le CBD total ; la part de la génétique reste mal connue |
À la loupe : les trichomes
Sous grossissement, un trichome glandulaire se lit en une tête, portée par un pied plus ou moins long. La botanique en décrit trois types. Les tailles ci-dessous (un micromètre vaut un millième de millimètre) viennent d’une étude de Punja et de ses collègues, menée sur des plantes riches en THC : prenez-les comme des ordres de grandeur.
- Bulbeux. Une tête de 15 à 30 micromètres sur un pied de 10 à 15 micromètres.
- Capité sessile. Une tête sur un pied très court, qui ne s’est pas allongé : elle semble posée sur la surface.
- Capité pédonculé. Une tête au bout d’un pied dont la longueur va de 20 micromètres à 1,1 millimètre.
La même étude mesure des têtes glandulaires de 40 à 110 micromètres, sans préciser le type ; celles des bulbeux sont plus petites.
Aucune fiche agricole lue ne fixe de grossissement : NC State dit seulement qu’il en faut un peu pour bien voir la couleur des têtes, et l’étude de Punja compte les trichomes à ×50 sous un stéréomicroscope. À ×50, une tête de 0,1 mm apparaît comme un grain de 5 mm : simple multiplication.
La tête change de teinte au fil de la maturation. Les fiches universitaires américaines lues (Oregon State, NC State) décrivent trois temps : translucide, laiteuse (blanc opaque), puis ambrée. L’étude de Punja fait de même, et note qu’en fin de course la tête rétrécit peu à peu, puis s’affaisse. Le vocabulaire varie pourtant : la revue d’Andre et de ses collègues parle d’une glande mature translucide, de glandes vieillissantes jaunes et de glandes sénescentes brunes. Et les têtes d’une même plante ne mûrissent pas toutes en même temps, relève NC State.
Disons-le franchement : une couleur n’est pas une analyse. Pour les producteurs, c’est un repère pour choisir le moment de la récolte. NC State conseille de le doubler d’analyses de CBD et de THC au moins hebdomadaires, Purdue écrit que l’analyse chimique doit être le facteur décisif, et l’étude de Punja, qui n’a pas mesuré les cannabinoïdes, relève qu’il manque encore des marqueurs biochimiques pour prédire la maturité. Ces travaux portent sur des plantes en culture : aucune source lue ne décrit ce que le séchage change à la couleur des têtes.
Ces têtes sont aussi la matière des résines : notre article sur trois façons de séparer les trichomes en explique le principe.
Les pistils : des poils qui changent de couleur
Chaque petite fleur femelle porte deux stigmates, les filaments que le commerce appelle pistils. Ils sortent de la bractée en s’allongeant, le plus souvent de façon inégale. Au fil de la maturation, Punja et ses collègues les voient passer du blanc-jaunâtre au brun-rougeâtre ; après séchage, ils étaient d’un brun-orangé profond sur l’une des variétés étudiées. NC State juge plutôt vague ce repère de couleur, trichomes compris, et lui préfère, en cas de doute, une analyse des cannabinoïdes en laboratoire.
Sur un sachet, la couleur des pistils raconte donc la plante et son séchage ; elle n’est pas une mesure de composition. Le séchage et l’affinage sont abordés dans notre article sur les fleurs indoor, greenhouse et hydroponiques.
Vert, violet : d’où viennent les couleurs d’une fleur
Le vert est la teinte de base des bractées et des feuilles ; aucune source lue ne relie une nuance de vert à une composition. Le violet vient de pigments, les anthocyanes, présents dans les tiges, les feuilles et les tissus floraux, et dont la régulation génétique est jugée mal caractérisée chez le cannabis. Côté température, une expérience en conditions contrôlées sur une seule variété a testé notamment cinq températures constantes, de 0,5 à 22 °C : l’accumulation était la plus forte à 8 et 15 °C, la plus faible à 0,5 et 22 °C. Les auteurs ajoutent que, chez de nombreuses espèces, des températures fraîches (moins de 20 °C) favorisent ces pigments.
Dans cette expérience, l’intensité du violet ne s’est pas montrée liée au CBD total : elle suivait la température ; le THC n’y a pas été mesuré. La couleur d’une résine est un autre sujet : voir notre article sur la couleur et la texture d’une résine.
Ce qu’un coup d’œil vérifie, et ce qu’il ne vérifie pas
Ouvrir un sachet permet de contrôler l’état de la tête (entière ou émiettée, avec ou sans tiges ni corps étrangers) et de guetter une moisissure, le point le moins évident.
Les guides de terrain décrivent la moisissure grise (botrytis) par des filaments et des spores gris ou gris-blanc sur les têtes, et l’oïdium par des taches blanches d’aspect poudreux qui peuvent gagner les bractées et les têtes ; une fiche d’Oregon State ajoute que les têtes atteintes finissent par brunir à mesure que leurs tissus meurent. Ces guides décrivent des plantes sur pied : pour un chanvre séché, NC State rappelle seulement qu’il peut moisir s’il reprend l’humidité, sans en décrire l’aspect. Les trichomes, eux, sont les têtes rondes décrites plus haut ; mais aucune source lue ne donne de règle pour les distinguer d’une moisissure sur une fleur sèche. En cas de doute, une photo et une question au vendeur valent mieux qu’une supposition. Sous le climat de l’île, la conservation d’une fleur a son propre article : celui sur le CBD et le climat tropical.
Beaucoup de choses échappent au regard : le taux de CBD et de THC, les pesticides, les métaux lourds, la microbiologie. Ce sont des lignes d’un certificat d’analyse, que notre article sur le certificat d’analyse apprend à lire.
Chez nous, ce que la fiche donne et ce que la fleur montre
Côté Fleurs, la plupart des fiches disent d’où vient la fleur, comment elle a été cultivée et de quel calibre elle est. Ce qui se voit à la loupe, trichomes, pistils et couleurs, se constate sur la fleur elle-même, pas sur une fiche. Le rayon Résines compte de son côté une référence présentée comme un concentré de trichomes, l’Ice Pollen, d’origine italienne.
Questions fréquentes
Que sont les trichomes d’une fleur de CBD ?
Ce sont de minuscules poils glandulaires à tête ronde, où s’accumulent la résine de la plante et ses cannabinoïdes. La botanique en décrit trois types : bulbeux (tête de 15 à 30 micromètres), capités sessiles (tête sur un pied très court) et capités pédonculés (tête au bout d’un long pied). Une étude mesure des têtes glandulaires de 40 à 110 micromètres. Les pédonculés se concentrent sur les bractées et les petites feuilles qui entourent les fleurs femelles.
De quelle couleur sont les pistils d’une fleur de CBD ?
Blanc-jaunâtres au départ, les pistils virent au brun-rougeâtre à mesure que la fleur mûrit, selon une étude de botanique ; après séchage, ils étaient d’un brun-orangé profond sur une variété étudiée. Les premières recommandations de récolte s’en servaient comme repère, une méthode jugée plutôt vague par NC State. Cette couleur n’est pas une mesure de composition : le taux de CBD d’un lot se lit sur son analyse.
Pourquoi certaines fleurs de CBD sont-elles violettes ?
Parce que la plante y a accumulé des pigments, les anthocyanes. Dans une expérience contrôlée sur une variété, ils s’accumulaient le plus à 8 et 15 °C, parmi les températures testées ; la part de la génétique dans leur production reste mal connue chez le cannabis. L’étude n’a relevé aucun lien entre l’intensité du violet et le CBD total.
Quel grossissement faut-il pour voir les trichomes ?
Aucune source agricole lue n’en fixe un. NC State parle seulement d’un peu de grossissement pour bien voir la couleur des têtes, et une étude de botanique compte les trichomes à ×50 sous un stéréomicroscope. Les têtes glandulaires mesurées dans cette étude font 0,04 à 0,11 mm : à ×50, une tête de 0,1 mm prend l’allure d’un grain de 5 mm.
La couleur des trichomes indique-t-elle le taux de CBD ?
Non, pas de façon établie : elle suit la maturité de la glande, du translucide au laiteux puis à l’ambré. Les fiches universitaires lues conseillent de la doubler d’analyses de THC et de CBD, et l’étude de référence n’a pas mesuré les cannabinoïdes. Le taux de CBD d’une fleur se lit sur l’analyse de son lot, pas sur la couleur de ses têtes.
En deux mots
Les « cristaux » sont des trichomes, les « poils » des pistils : deux détails qui racontent la maturité de la plante à la récolte, pas le contenu d’un lot. Une loupe apprend à lire un pied, une tête, une couleur ; une analyse apprend le reste. Anon, sortons la loupe.
THC < 0,3 % conformément à la réglementation en vigueur. Produit réservé aux personnes majeures. Déconseillé aux femmes enceintes ou allaitantes. Ne se substitue pas à une alimentation variée ni à un avis médical.
