Chanvre mâle, femelle ou monoïque : qui porte les fleurs ?

Le chanvre est, le plus souvent, une plante à sexes séparés : des pieds mâles, qui produisent le pollen, et des pieds femelles, qui portent les inflorescences que l’on appelle « fleurs » quand on parle de CBD. Des variétés dites monoïques réunissent les deux sortes de fleurs sur un même pied. Et chez la plupart des variétés, c’est l’allongement de la nuit qui déclenche la floraison.

Voici le cycle dans l’ordre : les sexes, le rôle de chacun, le mot « sinsemilla », puis le signal de la floraison. Nous restons à la botanique : il s’agit de comprendre la plante, pas de la cultiver.

Une plante, deux sexes (ou un seul)

Le chanvre est la plante que la botanique nomme Cannabis sativa L., la même que celle du cannabis ; notre article sur ce vocabulaire explique pourquoi on emploie les deux mots. Le Dictionnaire de l’Académie française la qualifie de dioïque et cite en exemple « Chanvre mâle, femelle » : les fleurs mâles et les fleurs femelles poussent sur des pieds différents. Deux articles de botanique que nous avons lus, publiés en 2019 et en 2020, présentent la dioécie comme l’état naturel du chanvre.

Une plante monoïque porte au contraire les deux sortes de fleurs sur le même pied ; certains auteurs la disent aussi hermaphrodite. Ces variétés existent, mais elles sont le fruit d’une sélection : d’après Petit et ses collègues, une lignée monoïque peut revenir peu à peu à la séparation des sexes après quelques générations si l’on cesse de la sélectionner.

Chanvre mâle, femelle, monoïque : qui fait quoi

Le tableau reprend, pied par pied, ce que disent les sources lues.

Type de piedFleurs portéesChromosomes sexuelsCe que disent les sources
MâleFleurs mâles, qui produisent le pollenXYFleurit en général avant la femelle et vieillit plus tôt ; ne donne pas de graines ; produit peu de cannabinoïdes ; fournit une fibre plus fine
FemelleFleurs femelles, groupées en inflorescencesXXPorte, sur ses fleurs, les trichomes glandulaires qui produisent les cannabinoïdes ; vit jusqu’à la maturité des graines
MonoïqueFleurs mâles et fleurs femelles sur le même piedEn général XXRésulte d’une sélection, recherchée pour son uniformité (hauteur, tige, graines)

Un détail mérite l’attention : les pieds monoïques sont en général XX, comme les femelles, et portent pourtant des fleurs mâles. Les facteurs qui orientent vers le sexe mâle ne se trouvent donc pas nécessairement sur le chromosome Y, notent Salentijn et ses collègues.

Pourquoi les fleurs de CBD sont des fleurs femelles

Les cannabinoïdes sont produits par des trichomes glandulaires, de minuscules glandes concentrées surtout sur les calices et les bractées des fleurs femelles ; les pieds mâles n’en produisent que de petites quantités, selon une revue consacrée à ces trichomes. D’où le choix : ce que l’on vend comme « fleur de CBD » est une inflorescence de pied femelle. Une inflorescence est un groupe de petites fleurs portées par la même tige ; notre article sur la fleur de CBD en détaille l’anatomie, et celui sur la fleur à la loupe décrit les trichomes et les stigmates.

Le pied mâle n’est pas pour autant sans usage : Salentijn et ses collègues relèvent qu’il donne une fibre plus fine. Un détail de terrain va dans le même sens que le reste : d’après un dépliant de l’Agence de services et de paiement sur le contrôle des surfaces de chanvre déclarées aux aides agricoles, le prélèvement qui sert à mesurer le taux de THC porte sur les 30 cm supérieurs de 50 plantes « non mâles ».

Sinsemilla : des fleurs sans graines

Le mot vient de l’espagnol d’Amérique : sin, « sans », et semilla, « graine ». Les dictionnaires anglais en datent le premier emploi de 1975. Il désigne des fleurs de pieds femelles restés non pollinisés : sans pollen, pas de graines.

Le cycle tient en quelques étapes. Le pied mâle produit son pollen. Sur la fleur femelle, le stigmate est la partie qui le reçoit. Si le pollen arrive, la fleur change de trajectoire : elle forme des graines, et le pied femelle vit jusqu’à leur maturité. Sinon, la fleur continue de développer ses stigmates.

Sinsemilla décrit donc la manière dont une fleur a été obtenue, sans pollinisation. Ce n’est ni une variété ni un label, et le mot ne mesure rien : la composition d’une fleur se lit sur une analyse, pas sur son nom.

La photopériode du chanvre : la nuit commande la floraison

La photopériode est le rapport entre la durée du jour et celle de la nuit. Le chanvre est classé parmi les plantes de jours courts : de longs jours inhibent sa floraison, qui s’installe quand une série de jours courts s’est écoulée. Salentijn et ses collègues précisent que la réponse est graduée, et que la photopériode et la température sont les deux grands facteurs qui règlent la date de floraison.

On parle de plantes de jours courts, mais on pourrait dire aussi de nuits longues : les travaux que nous avons lus expriment le seuil en heures d’obscurité ininterrompue, ou, ce qui revient au même, en durée critique du jour. Ce seuil n’est pas le même pour toutes les variétés. Si la nuit n’atteint pas cette durée avant la fin de la saison, ou si la variété fleurit très tard, les plants restent au stade végétatif, sans fleurir. La température compte aussi, et la plante doit d’abord avoir passé sa phase juvénile pour devenir sensible à la photopériode. Les sexes suivent le même calendrier, avec un décalage : les pieds mâles fleurissent en général avant les femelles.

Les variétés à floraison automatique

Quelques variétés échappent à la règle : leur floraison ne dépend pas de la photopériode. On parle de floraison automatique (autoflowering) ou de variétés neutres à la durée du jour : selon les travaux lus, elles peuvent fleurir même sous lumière continue, sans aucune nuit.

D’où vient ce caractère ? Les sources que nous avons lues ne le tranchent pas. Une étude encore non relue par des pairs (un preprint) l’associe à deux régions du génome, situées sur deux chromosomes différents. En une phrase, ses auteurs avancent une piste au conditionnel : deux des variétés concernées auraient été sélectionnées à partir de variétés locales russes, ce qui pourrait rattacher l’une de ces régions à Cannabis ruderalis, une espèce dont ils disent eux-mêmes qu’elle est supposée. Le nom ruderalis a été donné en 1924 à des plantes sauvages des environs de Saratov, en Russie. C’est une piste de recherche, pas un fait établi.

Chez nous, des fleurs et des résines

Chez nous, cette botanique aboutit à deux rayons : le rayon Fleurs et le rayon Résines. Pour savoir comment une fleur a été cultivée, d’où elle vient ou quel est son calibre, c’est la fiche du produit qui renseigne, quand elle le fait. Les différences entre fleurs de serre, d’intérieur et hydroponiques sont expliquées dans notre article sur les modes de culture.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un chanvre mâle et un chanvre femelle ?

Le pied mâle porte des fleurs mâles, qui produisent le pollen ; il fleurit en général avant la femelle et vieillit plus tôt. Le pied femelle porte les fleurs groupées en inflorescences, où se développent les trichomes producteurs de cannabinoïdes. Côté chromosomes, les mâles sont XY et les femelles XX. Une fleur de CBD est une inflorescence de pied femelle.

Que veut dire dioïque ?

Dioïque se dit d’une plante dont les fleurs mâles et les fleurs femelles poussent sur des pieds différents. C’est l’état naturel du chanvre, que le Dictionnaire de l’Académie française qualifie lui-même de dioïque. Une plante monoïque porte, au contraire, les deux sortes de fleurs sur le même pied. Les variétés monoïques résultent d’une sélection.

Sinsemilla, ça veut dire quoi ?

Sinsemilla vient de l’espagnol d’Amérique sin, « sans », et semilla, « graine » : « sans graine ». Les dictionnaires anglais en datent l’emploi de 1975. Le mot désigne des fleurs de pieds femelles restés non pollinisés, donc sans graines. C’est une manière d’obtenir une fleur, pas une variété ni un label.

Qu’est-ce qui déclenche la floraison du chanvre ?

Chez la plupart des variétés, c’est l’allongement de la nuit : le chanvre est une plante de jours courts, dont la floraison est inhibée par de longs jours. La température intervient aussi, et le seuil varie d’une variété à l’autre. Quelques variétés, dites à floraison automatique, fleurissent sans tenir compte de la durée de la nuit.

En deux mots

Le mâle fait le pollen, la femelle porte les inflorescences qu’on appelle fleurs de CBD, et la nuit donne le signal. Sinsemilla dit seulement qu’une fleur n’a pas reçu de pollen. Mi koz ek ou : le mot « sans graines » décrit une fleur, pas une promesse.

THC < 0,3 % conformément à la réglementation en vigueur. Produit réservé aux personnes majeures. Déconseillé aux femmes enceintes ou allaitantes. Ne se substitue pas à une alimentation variée ni à un avis médical.

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