Sativa, indica, hybride : un vocabulaire à prendre avec des pincettes

« Sativa », « indica » et « hybride » désignent, sur une fiche de CBD, une silhouette de plante supposée (les deux premiers) ou un mélange des deux (le troisième) : ils ne disent pas ce que contient le lot. Sativa et indica sont d’abord des noms d’espèces de botanistes, associés à Linné (1753) et à Lamarck (1785), devenus des étiquettes de boutique. Les travaux de génétique et de chimie qui les ont examinés concluent qu’ils ne reflètent que partiellement la parenté des plantes et ne permettent pas d’en déduire de façon fiable la composition chimique.

D’où viennent ces mots : de Linné à l’étiquette de rayon

Deux noms de botanistes, puis un dessin, ont suffi à installer le vocabulaire. Les repères qui suivent viennent d’un article de taxonomie publié dans la revue PhytoKeys (McPartland et Small), sauf mention contraire. La nuance entre « chanvre » et « cannabis », autre affaire de mots, a son propre article.

  • 1753. Linné adopte le nom Cannabis sativa dans Species Plantarum. Son spécimen de référence est un chanvre, plante de type fibre.
  • 1785. Lamarck décrit une seconde espèce, Cannabis indica, à partir de plantes venues d’Inde.
  • 1924. Janischevsky nomme Cannabis ruderalis des plantes sauvages poussant près de Saratov, en Russie.
  • 1976. Small et Cronquist proposent de ne garder qu’une espèce, Cannabis sativa, en deux sous-espèces distinguées par la teneur en THC.
  • 1980. Anderson publie un dessin de ces plantes ; après lui, le vocabulaire populaire « Sativa » et « Indica » se répand.
  • 2005. Hillig, à partir de variations génétiques, propose trois espèces (d’après Sawler et ses collègues).

Le résultat tient en deux niveaux. Chez les botanistes, un débat sur le nombre d’espèces : une, deux ou trois selon les auteurs. En boutique, deux mots détournés en silhouettes de plantes. McPartland et Small notent que « Sativa » et « Indica » ont été employés de façon ambiguë et contradictoire, et que des auteurs ont assimilé à tort l’étiquette « Sativa » au nom scientifique Cannabis sativa. Dans leur classification, le groupe « Sativa », originaire d’Asie du Sud, et le groupe « Indica », originaire d’Asie centrale, sont d’ailleurs deux variétés d’une même sous-espèce, Cannabis sativa subsp. indica. Le droit français, lui, vise des variétés de Cannabis sativa L. (arrêté du 30 décembre 2021) ; à notre connaissance, il ne reprend pas ces étiquettes.

Ce que les boutiques appellent sativa, indica, hybride

Sur une fiche, les trois étiquettes décrivent d’abord une plante sur pied. Pour « sativa » et « indica », la description courante est celle que rapportent McPartland et Small ; « hybride » désigne un croisement des deux.

ÉtiquetteSilhouette annoncée de la planteCe que l’étiquette ne dit pas
SativaPlante haute et diffuse, folioles étroites, maturation tardiveLa composition d’un lot, la lignée réelle : c’est une description de plante sur pied
IndicaPlante courte et compacte, folioles larges, maturation précoceLa même chose : une description de plante, pas une analyse
HybrideCroisement des deux, parfois chiffré en pourcentages (60/40, par exemple)La part réelle de chaque parent : ces pourcentages viennent de bases de données en ligne, de vendeurs et de producteurs, et ne suivent qu’imparfaitement la génétique mesurée

Une fleur séchée est une inflorescence détachée de la plante : sa hauteur, son port et la largeur de ses folioles ne se lisent pas dans le sachet. Ce qu’on y trouve, c’est le résultat d’une culture, d’un séchage et d’un lot.

Ce que la recherche en dit : quatre travaux

Quatre travaux publiés ont examiné ces étiquettes, ou les caractères censés les fonder.

Génétique. En 2015, Sawler et ses collègues ont génotypé 81 échantillons de cannabis (variétés commerciales et variétés locales) et 43 de chanvre. Ils observent une corrélation modérée (r² de 0,36, soit un peu plus d’un tiers de la variation) entre la position génétique des variétés et leur part de « sativa » annoncée par des bases de données en ligne, des vendeurs de graines et des producteurs. Une variété annoncée à 100 % sativa s’est montrée presque identique à une variété annoncée à 100 % indica (les auteurs n’excluent pas une erreur d’échantillon). Leur conclusion : l’identité génétique d’une variété ne peut pas se déduire de façon fiable de son nom ni de son ascendance annoncée.

Morphologie. En 2021, Vergara et ses collègues ont mesuré 18 caractères sur 297 plantes issues d’un rétrocroisement. L’étude ne teste pas les étiquettes elles-mêmes : elle vérifie si des caractères réputés liés le sont vraiment. Beaucoup ne montraient aucun lien dans cette population, et les auteurs jugent que les appellations fondées sur la forme des feuilles ne correspondent pas aux propriétés chimiques.

Chimie. Une équipe allemande a analysé 140 fleurs de cannabis vendues en Allemagne, étiquetées 29 sativa, 47 indica et 64 hybrides, pour la plupart dominées par le THC : un autre marché que le nôtre, mais le même vocabulaire. Ses auteurs, salariés d’une entreprise du secteur, le déclarent. Les profils de molécules aromatiques (les terpènes), THC et CBD mis à part, servent à classer ces fleurs en six groupes chimiques, et chacun de ces groupes contient des fleurs des trois étiquettes. L’équipe juge dépassée la classification en sativa, indica et hybride.

Botanique. McPartland et Small décrivent une hybridation généralisée, depuis une cinquantaine d’années, entre variétés d’Asie centrale et d’Asie du Sud : selon eux, elle a effacé les différences entre les « Sativa » et les « Indica » hybridés disponibles. Ils relèvent aussi que les rapports entre THC et CBD se sont rapprochés d’un groupe à l’autre, alors que les profils de composés aromatiques sont, à leur surprise, restés pour l’essentiel distincts : sur ce point, leur constat et celui de l’étude allemande ne concordent pas tout à fait.

Quant à ce qu’on prête parfois aux étiquettes « sativa », « indica » ou « hybride », nous nous en tenons à distance. On n’a pas le droit de parler d’effets, et de toute façon ce n’est pas notre métier. Ce qu’on peut vous dire, c’est ce qu’il y a dedans et comment c’est fait. Et sur ce qu’il y a dedans, la plupart des travaux cités vont dans le même sens : un mot de silhouette ne suffit pas à le dire.

Hybride : quand les croisements sont partout, le mot dit peu

« Hybride » désigne une plante issue du croisement de deux parents différents. Mais si les deux groupes de départ se sont eux-mêmes beaucoup croisés, comme le décrivent McPartland et Small, l’étiquette ne distingue plus grand-chose : une plante dite « sativa » ou « indica » est souvent déjà un mélange, et « hybride » ne dit ni les parents ni leurs parts.

Comment naît une variété (croisement, phénotype, breeder) : voir notre article sur la naissance d’une variété de CBD. Un nom de lignée, comme Haze, appelle la même prudence : voir l’article sur la famille Haze.

Ce qu’il vaut mieux lire sur une fiche

Une étiquette de silhouette ne se vérifie pas sur une fleur séchée. Quatre mentions, elles, se demandent au vendeur et se rapprochent d’un document.

Chez nous, trois informations à comparer

La plupart des fiches du rayon Fleurs donnent trois informations : le mode de culture, l’origine et le calibre (small buds, medium/big). Ce sont elles qu’on conseille de comparer, plutôt qu’une étiquette de silhouette. Au rayon Vapotage, des cartouches portent des noms de variétés connues (Amnesia, Skunk, White Widow) : comme sur une fleur, un nom de variété est un repère, pas une analyse.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre sativa et indica ?

À l’origine, deux noms d’espèces de botanistes : sativa pour Linné (1753), indica pour Lamarck (1785). En boutique, ce sont deux étiquettes de silhouette : plante haute à folioles étroites et maturation tardive pour « sativa », plante courte à folioles larges et maturation précoce pour « indica ». Les études lues ne permettent pas d’en déduire la composition d’un lot : seule l’analyse la donne.

Qu’est-ce qu’un hybride en CBD ?

Un hybride est une plante issue du croisement de deux parents différents. Sur une fiche, le mot suggère un mélange de « sativa » et d’« indica », parfois avec des pourcentages. Ces pourcentages viennent de bases de données, de vendeurs et de producteurs, et ne suivent qu’imparfaitement la génétique mesurée. Comme l’hybridation est très répandue, le mot distingue peu de choses.

Sativa et indica sont-ils deux espèces différentes ?

Cela dépend du botaniste. Linné et Lamarck ont décrit deux espèces ; Small et Cronquist ont proposé en 1976 une seule espèce, Cannabis sativa, en deux sous-espèces ; Hillig en a proposé trois en 2005, selon Sawler et ses collègues. D’autres botanistes en retiennent deux, et McPartland et Small préfèrent deux sous-espèces. Le droit français, lui, vise des variétés de Cannabis sativa L. et, à notre connaissance, ne reprend pas ces étiquettes.

L’étiquette sativa ou indica dit-elle quelque chose du taux de CBD ?

Pas de façon fiable : les travaux lus ne permettent pas d’en déduire la composition d’un lot. Une étude chimique allemande range 140 fleurs en six groupes chimiques dont chacun contient des fleurs des trois étiquettes, et McPartland et Small relèvent que les rapports entre THC et CBD se sont rapprochés d’un groupe à l’autre. Le taux de CBD d’une fleur se lit sur l’analyse de son lot, avec son numéro.

Que lire sur une fiche à la place de sativa ou indica ?

L’origine, le mode de culture, le numéro de lot et, pour la composition, l’analyse de ce lot. Ces quatre mentions se demandent au vendeur et se rapprochent d’un document : fiche du producteur, certificat d’analyse. Une étiquette de silhouette, elle, ne renvoie à aucun document.

En deux mots

« Sativa » et « indica » sont des noms de botanistes devenus des étiquettes de silhouette ; « hybride » désigne une plante issue d’un croisement, un mot qui, après un demi-siècle de croisements, distingue peu de choses. Aucun des trois ne se vérifie sur une fleur séchée et aucun ne remplace une analyse : mieux vaut lire l’origine, le mode de culture et le lot. Mi koz ek ou : c’est moins joli qu’une étiquette, mais c’est ce qui se vérifie.

THC < 0,3 % conformément à la réglementation en vigueur. Produit réservé aux personnes majeures. Déconseillé aux femmes enceintes ou allaitantes. Ne se substitue pas à une alimentation variée ni à un avis médical.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Panier