Une variété CBD naît le plus souvent d’un croisement entre deux plantes parentes choisies par un obtenteur (le « breeder »), puis d’un tri patient sur plusieurs générations, jusqu’à ce que la descendance soit assez régulière pour former une variété. Dans le chanvre, ce tri porte aussi sur la chimie : le rapport entre CBD et THC se transmet d’une génération à l’autre de façon assez prévisible, ce qui permet de retenir des plantes à dominante CBD. Les garder sous le seuil de THC demande pourtant un vrai travail de sélection.
L’article reste conceptuel : la culture du chanvre et la mise sur le marché des variétés sont encadrées en France, et rien ici n’est un mode d’emploi.
De la plante mère à la variété : les étapes
| Étape | Ce qui se passe | Mot à retenir |
|---|---|---|
| Choisir les parents | L’obtenteur retient deux plantes aux caractères intéressants et complémentaires | parents |
| Croiser | Le pollen de l’une féconde l’autre : les graines forment la première génération | F1 |
| Obtenir la deuxième génération | Les plantes de la F1 sont croisées entre elles ou autofécondées : en F2, les caractères se redistribuent | F2 |
| Recroiser | On recroise les descendants, plusieurs générations de suite, avec l’un des parents, pour retrouver ce parent en lui ajoutant un caractère venu de l’autre | rétrocroisement |
| Trier, génération après génération | On ne garde que les plantes qui portent les caractères visés, jusqu’à ce que la descendance soit régulière | stabilisation, lignée |
| Faire reconnaître la variété | Pour l’inscrire au catalogue, des essais officiels vérifient notamment qu’elle est distincte, homogène et stable | DHS, catalogue |
Ce tri est long, et il écarte beaucoup de plantes. Pour le blé, l’INRAE compte au moins une dizaine d’années de sélection. Pour la pomme Ariane, tout part en 1979 de 300 pépins issus d’un seul croisement : environ 230 plants résistent à la tavelure, 92 à l’oïdium, deux hybrides sont retenus après quatre ans d’observation des fruits, et la variété entre au catalogue officiel en 2005. Nous n’avons pas trouvé de durée chiffrée pour la sélection du chanvre.
Génotype, phénotype : pourquoi deux plantes d’une même variété diffèrent
Le génotype, c’est ce que la plante porte dans ses gènes. Le phénotype, c’est ce qu’on observe : forme, taille, couleur, composition chimique. Il résulte du génotype et du milieu de culture. Trois raisons font que deux plantes du même nom diffèrent.
- Chaque graine est unique. Dans une étude de 2022 sur deux populations sélectionnées pour leur richesse en CBD, chaque plante, issue d’une graine féminisée, représentait un génotype distinct.
- Le milieu s’ajoute aux gènes. Une même génétique ne donne pas la même plante dans toutes les conditions ; on parle d’interactions entre génotype et environnement. Les modes de culture sont comparés dans notre article sur les fleurs indoor, greenhouse et hydroponiques.
- L’apparence ne dit pas la chimie. Les auteurs de l’étude de 2022 ont trouvé des plantes d’aspect homogène aux profils de cannabinoïdes différents, et jugent impossible de déduire le profil chimique d’une plante de son aspect et de quelques mesures de sa forme.
Même une variété officiellement testée tolère des écarts : pour une variété à fécondation croisée, le protocole de l’Office communautaire des variétés végétales (CPVO) admet jusqu’à 10 plantes hors type sur 200 observées. Quant aux mots « sativa » et « indica », ils désignent sur une fiche une silhouette de plante supposée, pas une composition : voir notre article sur ce vocabulaire.
Graine ou bouture
Le chanvre est dioïque par nature, note le protocole du CPVO : il existe des pieds mâles et des pieds femelles, en proportions à peu près égales, et il se féconde donc le plus souvent entre plantes différentes. Des variétés monoïques, aux deux sortes de fleurs sur un même pied, existent aussi : voir notre article sur les plantes mâles et femelles. Une variété multipliée par graines est une population de plantes proches, pas un lot de copies.
La bouture prélève un morceau de la plante mère : la nouvelle plante en porte les gènes, c’est un clone. Le protocole du CPVO distingue notamment les variétés à fécondation croisée (type A), multipliées par voie végétative, donc par bouture (types B et C), et à graines féminisées (type D), avec des tolérances plus strictes pour les boutures : 2 plantes hors type sur 60 pour le type B. Pour les types A et B, les essais officiels durent en principe au moins deux cycles de culture.
Le cas du CBD : sélectionner un profil chimique
Les généticiens parlent de chimiotype pour désigner le profil chimique d’une plante : à dominante CBD, à dominante THC, ou mixte. En 2003, de Meijer et ses collègues (revue Genetics) ont croisé des plantes consanguines à profil CBD « pur » avec des plantes à profil THC « pur ». Toute la première génération avait un profil mixte ; la deuxième retrouvait les trois profils dans la proportion 1 : 2 : 1. Leur modèle tient en un gène (un locus), nommé B, avec deux versions (allèles), BD et BT, dites codominantes : chacune s’exprime dans la plante.
| Génotype | Profil chimique | Part attendue en F2 |
|---|---|---|
| BD/BD | à dominante CBD (« CBD pur » dans l’étude) | un quart |
| BD/BT | mixte, CBD et THC | la moitié |
| BT/BT | à dominante THC (« THC pur » dans l’étude) | un quart |
Ce modèle reste une première approche. Selon l’étude de 2022, un modèle plus complexe prévaut désormais : le chimiotype dépendrait d’au moins deux gènes voisins, et le nombre de copies de ces gènes pourrait aussi jouer.
Pourquoi tenir le THC sous le seuil exige-t-il du travail ? La limite fixée pour les variétés de chanvre est de 0,3 % de THC, et une plante riche en CBD n’est pas forcément en dessous. Dans l’étude de 2022, aucune des 24 plantes, issues de populations sélectionnées pour leur richesse en CBD, ne descendait sous ce seuil, et leur rapport CBD/THC allait d’environ 1 à 23. Le modèle de 2003 éclaire une partie du problème : dès qu’un parent porte la version BT, une partie au moins de sa descendance la porte aussi. D’où la mesure des cannabinoïdes au fil de la sélection, et des marqueurs ADN mis au point pour déterminer plus vite le chimiotype d’une plante ; dans l’étude de 2022, certains se sont pourtant montrés peu discriminants.
Une variété, des producteurs : ce que le nom ne garantit pas
Pour l’usage agricole, seules les variétés de chanvre inscrites au catalogue commun de l’Union européenne peuvent être commercialisées, et seulement en semences certifiées. La Commission européenne y recensait 116 variétés de chanvre en 2024. En France, d’après l’interprofession InterChanvre, la réglementation n’autorise que les variétés contenant moins de 0,3 % de THC. Qui peut cultiver, et à quelles conditions : c’est l’objet de notre article sur la culture du chanvre.
Sur une fiche de fleur, un nom comme Amnesia ou Critical est avant tout une parenté revendiquée. Il ne dit ni quel obtenteur a créé la plante, ni de quelle lignée elle descend, ni si le producteur la multiplie par graines ou par boutures. Ces réponses viennent du producteur ; la composition d’un lot, elle, se lit sur son certificat d’analyse.
Chez nous, un même nom, des fiches différentes
Au rayon fleurs, la fiche OG Kush (greenhouse, Italie) et la fiche OG Kush Hydro (hydroponique, Suisse) portent presque le même nom pour deux productions différentes. Critical Mass (greenhouse, Italie) et Critical DH (indoor, France) partagent un préfixe, pas un mode de culture. Amnesia, Critical, Jack Herer, OG Kush et Royal Haze se retrouvent aussi sur des cartouches, au rayon vapotage. Nous n’en tirons rien sur la composition, que seule l’analyse d’un lot peut établir.
Questions fréquentes
Comment crée-t-on une variété de CBD ?
Un obtenteur choisit deux plantes parentes, les croise, puis trie la descendance sur plusieurs générations en ne gardant que les plantes qui portent les caractères visés, dont un rapport CBD/THC adapté. Pour être inscrite au catalogue, la variété doit ensuite se montrer distincte, homogène et stable lors d’essais officiels. Pour le blé, l’INRAE compte au moins une dizaine d’années ; les sources lues ne chiffrent pas la durée de la sélection pour le chanvre.
Quelle différence entre génotype et phénotype ?
Le génotype est l’ensemble des gènes d’une plante ; le phénotype est ce qu’on en observe : forme, taille, composition chimique. Il dépend du génotype et du milieu de culture. Une étude de 2022 sur 24 plantes de cannabis riches en CBD a trouvé des plantes d’aspect homogène aux profils de cannabinoïdes différents : l’apparence ne permet pas de deviner la composition.
Qu’est-ce qu’un breeder ?
Le breeder est l’obtenteur : la personne ou l’organisme qui met au point une variété (choix des parents, croisements, tri). Il peut protéger sa variété par un certificat d’obtention végétale, comme l’a fait l’Inra, devenu INRAE, pour la pomme Ariane. Le breeder n’est pas forcément le producteur qui cultive les fleurs : c’est à ce dernier qu’il faut demander quel obtenteur se cache derrière un nom.
Pourquoi deux plantes du même nom diffèrent-elles ?
Chaque graine est une combinaison de gènes unique, le chanvre est le plus souvent dioïque et se féconde entre pieds différents, et le milieu de culture s’ajoute aux gènes. Même une variété officiellement testée tolère des plantes hors type : jusqu’à 10 sur 200 observées pour une variété à fécondation croisée, selon le protocole du CPVO. Une bouture reproduit les gènes de la plante mère, mais pas son milieu.
Le CBD et le THC dépendent-ils d’un seul gène ?
En première approche, oui : un gène principal, avec deux versions qui s’expriment toutes deux, explique la proportion 1 : 2 : 1 observée en deuxième génération par de Meijer et ses collègues en 2003. Une étude de 2022 estime qu’un modèle plus complexe prévaut désormais, avec au moins deux gènes voisins. Le rapport CBD/THC se transmet de façon assez prévisible, mais une plante riche en CBD peut dépasser 0,3 % de THC.
En deux mots
Une variété se construit : un croisement, un tri sur plusieurs générations, des essais qui vérifient qu’elle est régulière. Chez le chanvre, le tri porte aussi sur le rapport CBD/THC : assez prévisible, il ne dispense pas de surveiller le THC. Le nom, lui, ne dit ni l’obtenteur, ni la lignée, ni le lot. Mi koz ek ou : un nom s’écrit en une seconde, une variété se gagne génération après génération.
THC < 0,3 % conformément à la réglementation en vigueur. Produit réservé aux personnes majeures. Déconseillé aux femmes enceintes ou allaitantes. Ne se substitue pas à une alimentation variée ni à un avis médical.
